domingo, 6 de marzo de 2011

Artículo no. 41 Vague des révolutions de jasmin : Le grand retour du monde arabe, par Marie-Hélène Caillol - Edito MAP-Hiver2011 (Février 2011) -


On désespérait de voir le monde arabe rattraper le train du 21°siècle : l’Asie, l’Amérique du Sud prenaient leur destin en main pendant qu’il s’enfonçait dans l’obscurantisme. Depuis quelques années et il y a encore 2 mois, le monde arabe évoquait de plus en plus un tiers-monde fanatisé peuplé d’hommes à la barbe hirsute et aux yeux fous. Et voici qu’il secoue son joug et on redécouvre des sociétés de jeunes tout ce qu’il y a de plus normal, garçons et filles de Tunisie, d’Egypte, de Libye, de Jordanie, etc… demandant simplement à avoir un avenir dans leur propre pays.

Le parallèle est criant entre cet effet domino et celui de la fin des années 80-début 90 qui vit s’effondrer l’un après l’autre tous les régimes soviétiques d’Europe de l’Est. A une différence près : le gouvernement Gorbatchev, acteur à part entière de la transition, avait clairement prévenu que Moscou ne pourrait plus rien pour les régimes sous tutelle (Pologne, Hongrie, Allemagne de l’Est, Tchéquie).

L’effondrement des régimes autocratiques, soutenus par l’Occident depuis 2-3 décennies, sans que cet Occident ne lève le petit doigt en dépit de l’évidente catastrophe que cela représente pour leurs énormes intérêts de la région, est un indicateur très clair du basculement qui s’opère actuellement sous nos yeux. Cette Occident, au premier rang duquel les Etats-Unis, n’a plus les plus les moyens de sa politique arabe.

Cela faisait des décennies que les jeunes de ces pays rêvaient de changement, de liberté d’expression, de mobilité sociale, de travail, de pouvoir d’achat, d’un appartement et de fonder une famille. Mais le carcan était tel que, en dépit d’injustices criantes, rien ne bougeait en apparence, rien d’autre que les franges les plus radicales, sous la forme ces dernières années d’un extrémisme religieux dont l’image médiévale était bien pratique pour empêcher l’opinion publique internationale de sympathiser avec les causes profondes de l’énorme malaise du monde arabe. Mais ce revirement brutal de l’image du monde arabe est un écho à un autre changement fondamental d’image : celui d’un Occident incontournable, invincible, éternel.

Si l’Europe a finalement du mal à prendre acte de l’effondrement de l’influence des Etats-Unis, parce qu’elle est partie prenante de cette influence, les révolutions en cours dans le monde arabe nous le disent haut et fort : le monde change, les Etats-Unis sont plus en mesure de faire respecter leur ordre parce leurs incommensurables problèmes économiques et financiers se sont déjà transformés en « plans d’austérité » non-dits mais affectant l’ensemble de leurs politiques, y compris étrangères.

Les révolutions tunisiennes, égyptienne, algérienne, libyenne, yéménite, jordanienne, marocaine, etc… sont le strict équivalent de l’ouverture du rideau de fer de la Hongrie en 1989. L’effet domino est enclenché et la question est maintenant : que peut-on espérer/craindre qu’il en résulte ?

L’inévitable désir de retour au calme des pouvoirs économiques au premier plan, mais aussi des populations, peut prendre plusieurs formes :

. recours à l’armée
qui n’aboutira à la stabilité que dans la mesure où ces armées auront pris le parti du peuple de manière évidente pendant les troubles et après

appel aux seules forces politiques d’opposition disponibles : les islamistes. Mauvaise nouvelle dans un premier temps, ces forces s’assoupliront nécessairement dans l’exercice du pouvoir pour aboutir à des régimes du type de celui d’Erdogan en Turquie, régimes à consonance religieuse mais fondés sur des principes démocratiques vecteurs demodernisation

. on peut espérer que des forces politiques modernes, démocratiques et modérées, représentatives de la majorité des arabes, apparaissent mais la chape de plomb
 qui a régné sur le monde arabe depuis tant d’années ne laisse pas beaucoup d’espoir, en la matière dans l’immédiat en tous cas.

Dans tous les cas, aucun des gouvernements qui se formeront ne sera pro-occidental car les bailleurs de fonds ne sont plus là et que les peuples les rejetteront automatiquement.
Le monde arabe qui résultera de ces transformations aura une forte sensibilité pan-arabe : des peuples voisins, de même langue et de même religion, qui secouent leur joug en même temps et pour les mêmes raisons, développent nécessairement un fort sentiment d’identité et de communauté de destin.

On ne peut s’empêcher de penser à l’avenir d’Israël dont l’environnement géopolitique bascule aussi radicalement. Non pas que ce monde arabe aura pour premier souci de nucléariser Israël, au contraire, une relation pacifiée car dénouée entre le monde arabe et l’Occident n’est sur le fond pas mauvaise pour Israël. Sauf si Israël ne prend pas la mesure des changements et s’entête dans sa stratégie du plus méchantCe jeu-là est maintenant forcément perdant pour le petit Israël qui, lui aussi, comme les régimes de Ben Ali, Moubarak… ne peut plus compter sur la protection infaillible des Etats-Unis. Aux Israéliens de faire leur révolution de jasmin peut-être…
 

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